Patrimoine : un bestiaire insolite

Le plan local d’urbanisme possède, en annexe, un inventaire intéressant : celui des 166 ouvrages architecturaux, bâtiments ou maisons de Vitry, classés au patrimoine remarquable, qui doivent être protégés. C’est l’occasion d’une balade, le nez en l’air, pour en apprendre un peu plus sur l’histoire de la ville, de son paysage architectural et de ses habitants.
Dans la liste hétéroclite du “patrimoine remarquable” répertorié dans le plan local d’urbanisme, il y a bien sûr les lieux emblématiques : l’hôtel de ville en brique rouge, les cheminées de l’ancienne centrale à charbon, le pont du Port-à-l’Anglais et plusieurs grands ensembles. Mais des détails, peut-être moins connus, piquent la curiosité. Comme ces animaux qui ont peuplé la ville ou ornent encore ses murs.
› Voir les parcours Patrimoine remarquables sur le site de la Maison du tourisme et des projets.
La basse-cour
La promenade débute au 31 de l’avenue Camille-Groult : des colombages, un bâtiment d’angle un peu trapu. Dans ce quartier, au XIXe siècle, vivaient encore poules et lapins. C’était la ferme du château de Vitry, avec sa cour de terre battue et ses imposantes dépendances en pierre. Mais le domaine disparaît au tournant du siècle. Jean-Claude Rosenwald, membre de la Société d’histoire de Vitry, raconte : “Le grand château est détruit en 1911, le parc de 26 hectares vendu à la découpe, comme les terres agricoles et la ferme”. Adieu veaux, vaches, cochons, couvée.
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Des cygnes
Il reste heureusement quelques volatiles au Clos-Langlois, entre la bibliothèque Nelson-Mandela et le chantier du futur métro. Au 10 de la rue Édouard-Tremblay, une porte discrète en fer forgé ouvre sur une belle maison en meulière. À son sommet, une frise en graffite – motifs gravés dans la chaux – représente des cygnes, mais aussi des écureuils et des instruments de musique.
Cette “maison aux cygnes” servait de dortoir aux jeunes patients du Dr Bourneville. Ce médecin talentueux, élève du professeur Charcot, ouvre en 1893 un institut médico-pédagogique (IMP) pour les enfants “nerveux et arriérés” comme les décrit une revue de l’époque. L’IMP accueille jusqu’à 89 pensionnaires qui s’instruisent, font du sport et du jardi- nage dans ce qui est aujourd’hui le parc du Coteau-Marcel-Rosette.
Depuis, la belle bâtisse sert de maison d’hôtes pour les délégations invitées par la mairie. Le cinéaste Jean-Pierre Mocky y a aussi tourné plusieurs scènes de film, avec des agents de la ville comme figurants.
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Des lions
1920 : les lions entrent dans Vitry ! Charles-Louis Lesueur construit alors de ses mains sa maison au 26, avenue Camille-Groult. Céramiste, employé dans une faïencerie d’Ivry, il a le talent et les matériaux pour habiller son pavillon d’un superbe décor, toujours visible aujourd’hui.
Des briques émaillées de plusieurs couleurs recouvrent trois façades et encadrent le motif principal : un lion rugissant en bas-relief, dans un joli camaïeu de vert. Il s’agit d’une copie réduite de la frise des lions du palais de Darius restauré par Artaxerxés II à Suse (Iran), datant de 510 av. J.-C. environ et conservée au musée du Louvre !
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Des agneaux
Au 27 de l’avenue Paul-Vaillant-Couturier subsiste un tout autre vestige. C’est une charmante boucherie, avec fer forgé et pissenlits dorés, ainsi décrite par l’inventaire du plan local d’urbanisme :
“La devanture témoigne du savoir-faire des artisans décorateurs de la fin du XIXe siècle et du tout début du XXe siècle. À l’extérieur, on retiendra le travail de ferronnerie visible sur l’auvent et celui des panneaux décoratifs situés en vitrine, staff peint faux marbre, doré et protégé par des plaques de verre”.
Dans un bulletin de la Société d’histoire, Francine, arrivée à Vitry en 1976, se souvient d’y avoir fait ses courses. Elle revoit la ribambelle d’agneaux en vente pour la fête de Pâques, la caissière bien à sa place et la longue file des clients. Depuis des années, malheureusement, les grilles du commerce sont fermées. Alors qu’il suffisait d’acheter un steak pour profiter en prime d’un morceau de “patrimoine remarquable”.
Lucie Darbois
Pour aller plus loin :
› Voir les parcours numériques de la ville sur le patrimoine remarquable
› Les documents officiels du plan local d'urbanisme (4-1 règlement).