EHPAD des Lilas : une équipe dévouée

Publiée le 20 avril 2020 - Mise à jour le 23 avril 2020

Patricia et Myriam, aides soignantes à l'Ehpad des Lilas. © Sylvain Lefeuvre

Face à la crise sanitaire et au manque de moyens, c’est l’engagement du personnel au quotidien et le soutien des collectivités locales qui permettent de protéger les résidents de l’EHPAD intercommunal des Lilas et d’alléger leur isolement.

Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, la vie des 72 résidents accueillis à l’EHPAD intercommunal Ivry-Vitry est chamboulée. Comme le quotidien de la vingtaine d’agents qui y travaillent, tous mobilisés pour rassurer et assurer la protection de leurs résidents.

Un quotidien chamboulé

“On n’a pas attendu les annonces du gouvernement du 28 mars pour les confiner dans leur chambre dès les premiers cas suspectés, explique Barbara Filhol, personnel administratif aux Lilas et secrétaire générale CGT des EHPAD du Val-de-Marne. Nous avons pris des mesures de sécurité supplémentaires : seul le personnel est autorisé à entrer dans l’établissement. Nous avons renforcé les gestes barrières et les protocoles de bionettoyage, nous désinfectons les locaux quatre fois par jour grâce au renfort d’agents dont ce n’est pas le métier et qui se sont portés volontaires et au recrutement de deux agents des services hospitaliers supplémentaires.”

<font face="Times New Roman, serif"><font size="3"><font face="Times New Roman, serif">À</font></font></font> ce jour, seuls quelques rares cas ont été confirmés et, malheureusement, un décès dû au coronavirus est survenu. “Les résidents n’ont pas le moral, certains ne veulent pas manger, ils sont inquiets et souffrent de ne pas voir leur famille, rapporte Nadine Jeantet, aide-soignante à l’EHPAD des Lilas. On essaie de passer plus de temps avec eux, pour parler et leur redonner le moral.” “En plus du manque de leur famille, ce qui est le plus difficile pour les résidents, c’est le manque d’animations collectives, souligne Barbara Filhol. Ils ne peuvent plus descendre dans la salle à manger, ils n’ont plus de séance ciné, plus de revue de presse…”

Une équipe mobilisée et solidaire

Alors l’équipe se mobilise pour leur apporter du réconfort. Des visioconférences sont organisées avec les familles, avec lesquelles la psychologue assure également le lien. Le courrier est lu aux résidents qui présentent des défaillances visuelles. Leurs repas leur sont apportés dans leur chambre, l’occasion de veiller à ce qu’ils se nourrissent et s’hydratent bien, et de passer du temps avec eux. L’animatrice maintient des liens individuels avec chacun. “Avec la déréglementation du temps de travail, beaucoup d’agents travaillent douze heures, ce qui permet de limiter les allées et venues dans l’établissement, mais génère un grand épuisement des équipes”, souligne Barbara Filhol.

En tension

Une équipe déjà éprouvée par des conditions de travail difficiles, un manque de moyens criant, dénoncés par une mobilisation à l’échelle nationale de plusieurs mois avant la crise sanitaire, qui frappe le secteur de plein fouet.

“On est en tension sur les masques, on manque de gel hydroalcoolique, on réutilise les blouses des cuisiniers, on relave les vêtements en interne, on court après l’oxygène, la psychologue et la psychomotricienne ne sont là qu’à mi-temps, énumère Barbara Filhol. Je suis catastrophée par l’état du secteur social et médico-social en France. Ça fait deux ans qu’on se bat pour dénoncer la situation et, pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi impuissante qu’aujourd’hui face aux résidents.” Une situation rendue encore plus difficile par la charge mentale que représente la crainte d’introduire le virus dans l’établissement ou de le rapporter dans sa famille.

“Au départ, on avait tous peur, confie Nadine Jeantet. Maintenant, on sait comment ça se passe, on met nos gants, masque, charlotte, tenue spécifique et on fait très attention. On a plus de boulot avec le Covid, on est épuisés, mais on tient le coup pour nos résidents. On ne peut pas les abandonner… Si on n’était pas là, qui s’occuperait d’eux ?”

Les collectivités locales solidaires

Face au désarroi, les collectivités locales se sont montrées solidaires : mise à disposition d’agents volontaires au moment des deux repas par la municipalité d’Ivry, prêt du matériel de la cuisine centrale par la municipalité de Vitry, don de masques du conseil départemental du Val-de-Marne et d’associations vitriotes en lien avec les élus de la ville, don de gel hydroalcoolique de Sanofi sollicité par le maire de Vitry…

“Heureusement que les villes et le département nous soutiennent et nous aident face à la défaillance de l’<font face="Times New Roman, serif"><font size="3">É</font></font>tat, souligne Barbara Filhol. Ils ont été super réactifs pour répondre à nos demandes.” Autre éclaircie dans cette période difficile : “Les familles nous disent "c’est bien ce que vous faites, merci", on a beaucoup d’encouragements, reconnaît Nadine Jeantet. Aujourd’hui, on est mieux considérés, j’espère que ça va durer”.

Marjorie Andrès

<font face="Times New Roman, serif"><font size="3"><font face="Times New Roman, serif">À</font></font></font>noter, la tribune La situation actuelle des EHPAD est un véritable scandale d’Etat, signée notamment par Jean-Claude Kennedy, maire de Vitry, Christian Favier, président du conseil départemental du Val-de-Marne, et Barbara Filhol, parue dans le journal Le Monde le 13 avril 2020

Autorisation de visites 
Une mise en œuvre qui ne se fera pas du jour au lendemain

Dimanche 19 avril, Olivier Véran, ministre de la Santé, a annoncé la remise en place dès le lendemain d’un “droit de visite” dans les EHPAD pour que les résidents puissent de nouveau voir leur famille. Un droit très encadré, qui devra s’exercer à la demande des résidents, sous la responsabilité des directions d’établissement, sans contact physique, et par seulement deux membres de la famille. “C’était une attente et c’est un soulagement, réagit Sébastien de Benalcazar, directeur de l’EHPAD des Lilas. On constate les bénéfices du confinement, mais il a aussi des effets délétères sur nos résidents.”

Pour autant, cette décision n’est pas simple à mettre en œuvre et ne pourra être effective du jour au lendemain. “L’expression « sous la responsabilité des directions d’établissement » est lourde de sens, souligne Sébastien de Benalcazar. Nous devons réfléchir aux conditions et au meilleur dispositif permettant de garantir la sécurité de nos résidents, des familles et de nos agents. L’ARS nous recommande de rédiger une charte à faire signer par les familles, et nous allons consulter les différentes instances.” Sans compter que, parmi les recommandations, figure l’usage de gel, masques, gants, charlotte, blouses… autant de matériels de protection qui manquent déjà cruellement.

 

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